La contrainte du fossoyeur
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La contrainte du fossoyeur

La contrainte du fossoyeur
Magali Molinié*, Arthur Da Silva*

En 1907, dans un texte magistral sur les pratiques funéraires des Dayaks de Bornéo, Robert Hertz mettait en lumière la manière dont, à partir d’un mort et d’une série d’interventions conjointes sur son corps et sur les deuilleurs (terme que l’anthropologie préfère à celui d’endeuillé), une communauté dayak fabrique un nouvel être : un ancêtre soumis à un régime supérieur d’existence et dispensateur de bienfaits pour sa communauté d’origine. Ici la mort n’est pas l’arrêt cardiaque mais un processus long (allant parfois jusqu’à dix ans) dont la durée est commandée par le temps de la décomposition du cadavre. C’est une période de transition entre la désintégration de l’individu, exclu de la société des vivants, et son initiation à son nouveau statut d’ancêtre, condition de son intégration réussie à leur société. Cette période, également théâtre d’un “ travail de désagrégation et de synthèse mentale ” chez les deuilleurs, est considérée comme achevée avec l’apparition des ossements du défunt. Les secondes funérailles — en fait les véritables funérailles — en marqueront le terme. Un nouvel être vient à la vie : ici, c’est un ancêtre.
Suivre le texte de R. Hertz dans toutes ses implications oblige à considérer que le meilleur indicateur du travail du deuil, ce pourrait bien être l’état du cadavre ; et pourquoi pas également un de ses opérateurs ? Alors, au moins autant qu’un prêtre ou un psychologue, un fossoyeur pourrait-il être l’artisan d’une levée de deuil ? Á l’aune de l’histoire qui suit, la question mérite assurément d’être posée.

Une question inquiétante
Nous avons reçu Madame Costa dans le cadre des consultations que propose le Centre Georges Devereux, Université Paris8 à Saint Denis, en réponse à des demandes émanant le plus souvent des services sociaux et destinées à venir en aide à des familles identifiées par elles comme traversant des difficultés psychologiques. Cette fois, nous avons été sollicités par un service de l’Aide sociale à l’enfance qui exerce une mesure d’AEMO (Aide éducative en milieu ouvert) à l’égard d’un adolescent, Luis. Voilà dix ans de cela, Benilde, la sœur aînée de ce garçon aujourd’hui âgé de quinze ans, est décédée dans un accident de la route dont il a lui-même réchappé. Son éducatrice référente a le sentiment qu’au-delà de ses difficultés propres, c’est toute sa famille qui est en souffrance. Et surtout, Madame Costa qui est toujours restée comme fixée à ce moment de l’accident et à une question depuis lors restée sans réponse : qu’est devenue sa fille ?
Dans le cadre de cette intervention, l’un d’entre nous, Arthur Da Silva, psychologue clinicien, médiateur de langue portugaise, a rencontré une première fois Madame Costa chez elle. Voici ce qu’il nous en disait lors d’une réunion préparatoire :En fait, j'ai été troublé par l'omniprésence de Benilde dans la maison : des photos sur les meubles, un tableau au mur, le discours de Madame Costa... Je n'ai pas de réponse aux questions qu’elle se pose et les diverses possibilités qu’elle me présentait — sa fille, ange ou démon ? Victime ou sorcière ? Sa mort, destin ou hasard ? — s'excluent mutuellement. En finissant la médiation, je n'avais qu'une seule certitude : que les services sociaux, au long de leurs dix années de contacts avec la famille Costa, ont déjà examiné toutes les voies de sorties possibles de cette pensée figée, toutes celles en tout cas qui ont cours dans leur environnement professionnel. Mon idée c'est que nous pouvons essayer d’aider madame Costa, cette fois-ci à partir de ce qui peut faire sens pour elle : dans la culture portugaise, dans sa langue, ses habitudes, ses objets, dans sa communauté.
Dans ce cas, la meilleure proposition que nous pouvions faire était que ces questions soient reprises dans le cadre des consultations d'ethnopsychiatrie. Trois consultations ont ainsi eu lieu, en novembre, avril et novembre de l'année suivante, au sein d’une équipe rassemblant une dizaine de cliniciens et animée par Lucien Houkpatin, Viviane Romana et Nathalie Zajde. Nous y avons accueilli Madame Costa, accompagnée de l’éducatrice de Luis. Après les salutations d’usage, les présentations, voici le récit qu’elle nous a livré du drame survenu dans sa famille.
Je suis originaire d’une ville du nord du Portugal. Une fois mariée, je suis venue en France avec mon mari, à la recherche d’une vie meilleure. Benilde est née peu de temps après. Sept ans plus tard, j’étais enceinte de Joana, mon troisième enfant. Je suis restée à Paris tandis que Benilde et son frère cadet, Luis, 5 ans, partaient au Portugal en vacances avec l’oncle de mon mari et sa femme.
A un moment, durant la nuit, on ne sait pourquoi, l’oncle Alfredo a quitté l’autoroute pour prendre la nationale. C’est alors que l’accident s’est produit : le chauffeur d’un camion venant en sens inverse, s’est endormi au volant et a provoqué un carambolage. Cinq voitures se sont encastrées les unes dans les autres, faisant sept morts.
Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux de l’accident avec mon mari, Benilde était portée disparue, son corps n’avait pas été retrouvé. J’avais acheté des affaires pour elle en me disant que lorsqu’on la retrouverait, elle n’aurait rien à se mettre. Ce n’est qu’au bout d’une semaine qu’on nous a annoncé le décès de notre fille. C’est mon mari qui est allé identifier le corps.
Le corps de Benilde a été mis dans un cercueil en zinc et inhumé dans le cimetière de la ville voisine de notre village natal. Cinq ans plus tard, à la fin de cette concession provisoire, nous voulions que les restes soient transférés au cimetière du village. Mais quand le cercueil a été ouvert, nous avons été stupéfaits car le visage de Benilde était intact, ses cheveux avaient même poussé. C’est alors que l’employé du cimetière a fait quelque chose qui nous a profondément scandalisés : il a jeté une pelletée de terre dans le cercueil, l’a refermé et ré-enterré au même endroit, renvoyant à plus tard le transfert dans le cimetière du village.
Ça s’est passé, il y a cinq ans. La prochaine exhumation et le transfert des restes doivent avoir lieu l’été prochain.

C’est là le récit d’une tragédie, et construit comme tel : tout ce que les humains pensent motivé par des considérations prosaïques — un voyage vers les vacances, un changement d’itinéraire… n’est jamais que le signe avant coureur d’un destin funeste en marche.
L’une des fonctions des entretiens menés par les thérapeutes du Centre Devereux avec Madame Costa va être de dégager ce récit de sa rigidité, d’identifier des intentions autres que celle d’un “ c’était écrit ”, “ c’est le destin ” contenus dans la trame du récit et qui, en l’état actuel de la situation, ne font que masquer sous l’apparence de l’acceptation résignée des questionnements aussi douloureux et révoltés que secrets. Cette modification va emprunter au moins deux voies. La première va consister à rechercher, avec l’aide de Madame Costa, à identifier ce qui a trait à la méchanceté humaine et qui pourrait avoir un lien — fut-il ténu — avec la mort violente de Benilde. Ceci conduira à identifier les conflits qui agitaient la famille : la violence d’un père alcoolique, les fâcheries avec la belle-mère, et à évoquer les histoires de sorcellerie qui s’y rattachent. Rendre compte de ces éléments nous éloignerait trop de notre sujet. Nous nous limiterons à évoquer une autre dimension de nos investigations, celle qui va conduire durant les entretiens à explorer la question : s’il y a bien un “ c’était écrit ” implicite, si cette enfant devait mourir, pourquoi le devait-elle ? Bien sûr, aucun échange n’a jamais été formulé en ces termes, mais nous avons été conduits à chercher qui était Benilde de son vivant, à revenir en détail sur les “ ingrédients ” qui nourrissent les questions de la mère autour du statut actuel de sa fille : ange ? sainte ? ou encore vivante, raptée par les Gitans ? Ceci nous permettra de préparer avec Madame Costa l’avènement d’une autre Benilde, plus proche des défunts ordinaires, de ceux qui, bienveillants ou indifférents envers les vivants, savent reposer en paix. Avec, tout au long de cette prise en charge, une question présente à l’esprit de tous : dans quel état serait le corps de Benilde lors de son exhumation, prévue dans le courant du mois d’août de la même année ? Certes, nous n’étions pas maîtres de la réponse mais peut-être nos entretiens pouvaient-ils contribuer à rendre un peu plus supportable l’impact de l’évènement.

De quelques précisions méthodologiques
Avant de poursuivre, il nous faut préalablement admettre que les devenirs d’un mort ne sont pas réductibles à la sanction d’un acte de décès. Si les obsèques sont le moment de l’adieu au disparu, elles inaugurent en même temps, tout comme la naissance, le début d’un processus de définition de l’autre, non pas ici l’enfant, mais le défunt — et d’auto-définition de l’endeuillé. On peut ainsi concevoir le temps du deuil comme l’apprentissage d’une relation avec un être nouveau, relation qui va se transformer au cours du temps et au cours de laquelle se trouveront transformés aussi bien le mort que les endeuillés. Après les obsèques, certaines pratiques, certains rituels ont pour fonction d’accompagner ou de relancer ces processus de transformation, parfois d’en stabiliser les résultats. La stabilisation la plus aboutie dans le monde catholique — ce, depuis ses origines et au prix de dispositifs forts complexes, donne présence à ces êtres que nous nommons “ Saints ”. Les devenirs des morts ordinaires, par le biais des pratiques funéraires et dévotionnelles, ont depuis longtemps partie liée avec ceux des Saints. Dans certains cas cependant, ces devenirs peuvent rester indécidables. Se produit alors une extension sans fin de cette phase du deuil qualifiée de liminaire par Van Gennep : morts et vivants sont bloqués aux marges du monde, ni vraiment vivants, ni vraiment morts. Dans l’état de Madame Costa. Et de celui de Benilde.Méthodologie en actes, le dispositif de consultation du Centre Georges Devereux fait obligation à ses cliniciens d’accueillir les êtres (bien souvent des invisibles non-humains, tels que les anges, les saints, les défunts) que leur amènent les patients, sans les assigner au registre de la crédulité ou du fantasme intrapsychique. Il exige bien plutôt d’eux qu’ils se donnent les moyens de reconstituer les contextes dans lequel ces êtres ont leur place, leur vérité. Faisant suite aux entretiens avec Madame Costa, le présent texte se soumet aux mêmes exigences. Précisons qu’il restitue moins les échanges, la dynamique des consultations elles-mêmes qu’il ne tente a posteriori de mieux comprendre les fonctionnements logiques de quelques éléments qu’elles firent apparaître.
Tout comme l’un d’entre-nous — Arthur Da Silva, la famille Costa est originaire du nord du Portugal. Christianisée tardivement, cette région est marquée par la figure de Saint-Martin de Braga, archevêque de la ville de Braga à la fin du sixième siècle, qui est à l’origine dans l'Eglise portugaise d’une logique de tolérance envers des pratiques qui seraient ailleurs qualifiées de déviantes ou d’idolâtres, comme la possibilité de réaliser des philtres pour honorer Dieu, par exemple. Le catholicisme, malgré les critiques que peuvent nourrir certains Portugais à son égard, reste un cadre central d’élaboration des pensées sur l’existence et de mise en œuvre de pratiques communautaires, liées à des degrés divers à la question de la guérison. Dans ce cadre, une intense activité de dévotion se déploie autour du sanctuaire de Notre-Dame de Fatima, situé dans la région centrale du Portugal. Par rapport à ce contexte, Madame Costa se révélera quelque peu amère et désabusée à l’égard “ des curés ”, adhérant beaucoup plus volontiers aux pratiques votives autour de Notre-Dame de Fatima, vacillante parfois quant à la confiance qu’elle peut Lui accorder.

Morte ou vivante ?
Dans la semaine qui a suivi l’accident, pendant sept longs jours, elle a pensé que Benilde pouvait être vivante, errante, en état de choc ou bien — qui sait ? cette hypothèse surgira dans la deuxième consultation —, enlevée par des Gitans. Nombreuses sont les histoires qui se racontent au sujet de tels rapts. Après il y eut la découverte du corps et la convocation de son mari par la police. Mais en fait, Madame Costa, elle, n’a jamais vu le cadavre de sa fille et son mari, de son côté, n’en a plus jamais parlé. Madame Costa peut donc secrètement continuer à rêver qu’un jour, sa fille échappera à l’emprise des Gitans pour réapparaître dans sa vie.
Après cette semaine d’espoir fou durant laquelle elle a promis à Notre-Dame de Fatima un pèlerinage si l’on retrouvait sa fille vivante, après la découverte d’un corps mutilé que pour sa part elle n’a jamais vu, l’autre moment terrible, c’est, cinq ans plus tard au cimetière, l’exhumation du cercueil et, à son ouverture, la découverte d’un corps non décomposé. Un tel phénomène est-il possible ? Certes, le prêtre a fait l’hypothèse que c’était le zinc du cercueil et la chaux qui avaient empêché le processus naturel de décomposition de se produire. Mais l’oncle Alfredo a bien été enterré dans un cercueil similaire et rien de tel ne s’est produit à son égard. D’où les questions qui s’imposent à Madame Costa : qu’indique cette incorruptibilité, cet état de non-décomposition, sur la nature de sa fille ? Est-ce un signe de sainteté ? ou bien la marque de quelque diablerie ? Très vite cependant, elle a dû ravaler ses questions parce qu’elle s’est bien rendu compte qu’au village, elle commençait à passer pour folle. Mais dans son for intérieur, leur tourbillon a continué.
Pour quelles raisons Benilde n’est-elle pas devenue un ange ? Bruno Latour propose que les invisibles non-humains puissent être étudiés à partir de la description du “ cahier des charges ” auquel ils répondent. Il s’agit de comprendre celui-ci en termes de contraintes logiques, pragmatiques. Dans ce cadre, on peut considérer que la transformation de Benilde en ange ou en sainte est restée inaboutie, faute que la petite morte remplisse toutes les “ conditions ” requises.
La nature des anges, leur hiérarchie, leurs fonctions, leur localisation ont fait l’objet de discussions, voire de controverses, extrêmement savantes entre les Pères de l’Eglise. La théologie catholique en a cependant fixé certaines caractéristiques que nous pouvons considérer comme autant d’éléments de leur cahier des charges. Ange est une traduction de l’hébreu Mal’ak , terme qui signifie “ messager ”. Les anges sont des “ êtres personnels différents de Dieu et des hommes ”, inférieurs à Dieu, supérieurs aux hommes. Dans le Ciel, ils forment la cour du Très-Haut. Dieu se sert de leur ministère pour faire connaître ses volontés et pour assurer le succès des missions qu’il confie aux hommes. De leur côté, les hommes attribuent fréquemment au secours des anges les faveurs qu’ils ont reçues de Dieu. Ces derniers ont pour caractéristique d’apparaître et de disparaître tout aussi subitement. Les fidèles du Nouveau Testament, précise le dictionnaire, “ croient que chaque homme a un ange gardien (Actes, XII, 15) et cette croyance est ratifiée par le Sauveur (Matthieu, XVIII, 10) ”. Selon le dictionnaire, les anges n’ont jamais rien partagé de la nature humaine. Ils sont des esprits mais non de purs esprits, donc ils sont impliqués dans la matière. Certains affirment par conséquent qu’on peut les dire corporels, matériels. Cependant, leur corps, la matière dont il est composé, est bien supérieure à celle de l’homme. Les Pères ont aussi indiqué le rôle de l’ange gardien : toujours prêt à nous défendre, à nous protéger, à nous conduire, à nous conseiller.
Retenons des anges leur constitution en forme de paradoxe : ni humains ni divins, matériels mais d’une matière supérieure à l’humain, donc plus proche du divin qui n’est cependant pas matière. Messagers de Dieu et peut-être, d’une manière moins strictement catholique, âmes des morts. Présents de toute éternité dans la cour du Très-Haut et pourtant attachés à chaque mortel, disparus aussitôt qu’apparus.

Ni ange ni sainte
Sans vouloir généraliser, des entretiens de recherche actuellement conduits dans le cadre de la recherche doctorale de l’un d’entre-nous font apparaître que la transformation d’un petit défunt en ange, en ange gardien plus exactement, relève de l’évidence pour la personne sur laquelle il est chargé de veiller. Ceux qui ont été évoqués lors de ces entretiens de recherche sont des enfants qui n’ont pas atteint le stade de la parole ; dont quelque chose, une maladie souvent, indiquait qu’ils n’avaient pas toute leur place sur terre : grave insuffisance respiratoire pour l’ange d’Elena (apparu après la mort, à l’âge de 24 mois, de sa sœur aînée), impossibilité à conserver la nourriture “ ni par en haut, ni par en bas ” pour l’ange d’Odette (apparu après la mort à 3 semaines d’un petit frère d’adoption). Durant leur bref passage sur terre, leur vie ne tenait qu’à un fil, ils n’ont pas eu le temps ou la possibilité de devenir véritablement des humains. Or, lorsque nous avons exploré avec Madame Costa qui était sa fille Benilde, il est apparu qu’elle était terriblement vivante et humaine cette enfant, trop sans doute pour pouvoir devenir un ange.
L’autre proposition, c’est que Benilde soit devenue une sainte, destin le plus abouti que le monde catholique permet aux morts. Cette hypothèse a été ravivée par l’état du corps de l’enfant lors de son exhumation. Les histoires concernant les martyrs des premiers âges du christianisme racontent qu’ils résistaient au démembrement de leur corps lors des supplices qui leur étaient infligés ou plus tard à sa décomposition et c’était là précisément des signes de leur sainteté. Mais l’inventio d’un saint est toujours une activité collective. Au cours du Moyen Age, les monastères se sont ainsi livrés à une intense activité d’exhumations, de réinhumations, de vols et de translations des restes des corps saints. L’Eglise a toujours cherché à s’en assurer le contrôle. Pour elle en effet, depuis sa fondation, ni les défunts ordinaires ni les saints ne peuvent être la propriété d’une famille : il s’agissait alors d’éviter à tout prix qu’apparaissent de nouvelles divinités domestiques, trop semblables aux divinités païennes, d’éviter également d’enraciner une communauté charnelle, unie par les liens du sang et de la lignée, là où l’Eglise universelle voulait instaurer la communauté spirituelle des Chrétiens (Ecclesia).
Le cahier des charges d’un saint comporte une autre obligation : qu’il soit à l’origine d’au moins deux miracles, généralement des guérisons, aujourd’hui inspectées de très près par les autorités ecclésiales. On voit bien les éléments qui rattachent Benilde à ce potentiel de sainteté : un corps démembré sur le lieu de l’accident, enterré dans un cimetière qui n’est pas sa terre d’élection, puis exhumé, puis réinhumé parce que non décomposé, ceci, dans l’attente d’une nouvelle exhumation. Cependant, sa mère est seule à envisager cette hypothèse, son entourage y est hostile et le prêtre de la paroisse attribue au zinc du cercueil l’état du corps de l’enfant. Il manque donc à ce cas la dimension collective de l’élection du saint, sans doute liée au fait qu’ici, aucune guérison-miracle ne s’est produite, du moins en public. On verra en effet que la question de la guérison n’est pas absente de cette situation mais elle n’est apparue que parce que nous ne nous sommes pas arrêtés — comme nous venons ici de le faire —, à ces catégories générales. L’intérêt clinique résidait moins dans ce que n’était pas parvenue à être Benilde que dans ce qu’elle pouvait devenir, une fois tenue compte de ses qualités singulières.

La vraie Benilde
Ecoutons Madame Costa : Benilde, à sept ans, elle disait des choses que je ne connaissais pas, des mots que je ne comprenais pas. Elle était très éveillée pour son âge. Elle savait des trucs pas possibles, comment on fait les bébés par exemple. Elle lisait tout, dans la bibliothèque d’une voisine. Elle allait tout le temps chez les bonnes sœurs qui tiennent un couvent juste en face de la maison de la famille, au Portugal. Elle les aidait à s'occuper des bébés dans le besoin.

Les livres, les bébés, les filles de Dieu, Benilde savait aller chercher ses informations tant du côté des savoirs profanes que sacrés. Elle était une enfant savante, curieuse de tout, étonnant et stimulant sa mère par ses connaissances. Mais plus encore, elle la faisait tout le temps rire.Je n’ai jamais rêvé de Benilde morte. Elle vient dans les rêves toujours petite et vivante. Je l’ai vue une fois depuis la dernière consultation, c’était la veille de son anniversaire. J’allais la chercher à la sortie de l’école. On s’asseyait devant l’immeuble. Elle me racontait une histoire : une copine l’avait traité de cochonne et elle, elle soulevait sa jupe en lui renvoyant l’insulte. Quelque chose comme : “ c’est la chose de ta mère qui est une cochonne ” ! J’ai rigolé, rigolé ! Parce que jamais elle n’avait fait ça. Même quand je la vois en photo maintenant, je repense toujours à ça et je rigole toute seule.

Cette scène dans laquelle l’enfant soulève sa jupe pour exhiber son sexe, ce qui déclenche le rire de sa mère, est une version singulière du mythe évoquant le geste obscène de Baubô face à Demeter en deuil. La déesse Demeter est plongée dans une profonde douleur depuis la perte de sa fille Perséphone, enlevée par Hadès, le dieu des Enfers. Après plusieurs années d’errance sur la terre, elle arrive à Eleusis où son hôtesse Baubô (la servante Iambé dans d’autres versions) parvient à la faire rire en lui exhibant son pubis. Dans certaines variantes, la tête d’un enfant rieur émerge alors de l’entrejambe de Baubô. Retenons de l’analyse détaillée que Nathan consacre à ce mythe, sa fonction d’“ inverseur thymique ”, en lien avec ce qui était vraisemblablement un rituel thérapeutique. La scène d’exhibition déclenche le rire de Demeter, mais au-delà, c’est son humeur dépressive qui est renversée en son contraire. C’est aussi ce que nous raconte Madame Costa : il suffit qu’elle pense à Benilde soulevant sa jupe pour qu’elle soit en joie. Que cette scène soit apparue au cours du deuxième entretien aura sans doute permis qu’en soient fixés à plus long terme les effets bénéfiques pour Madame Costa.
Benilde agissait, et continue de le faire, comme une thérapeute pour sa mère. Cette proposition va permettre à Viviane Romana d’enchaîner, au sujet de Luis cette fois. Luis est né avec une malformation laissant craindre pour sa vie. D’ailleurs, les médecins avaient dit qu’il ne vivrait pas plus de deux ou trois ans. Á chaque nouveau bilan médical, Madame Costa promettait à Notre-Dame de Fatima un pèlerinage si Elle sauvait Luis. Chaque fois, les médecins restaient très réservés, mais après le dernier bilan, ils ont dit qu’il n’y avait désormais plus rien à craindre. Viviane Romana : Si je comprends bien, Luis aurait pu mourir depuis sa naissance et je constate qu’à chaque fois, il est sauvé. Probablement par Notre-Dame de Fatima depuis votre vœu. Lors de l’accident, à sa place, j’aurais pensé “  ma sœur est partie pour que je puisse rester ”. Sur cinq enfants qui étaient impliqués dans l’accident, il y en a une qui s’en va. C’est la plus innocente de tous qui est rappelée, la plus pure.

Madame fait immédiatement écho à cette proposition :Les bonnes sœurs ont dit qu’elle était trop intelligente pour ce monde, qu’elle avait été rappelée à Dieu, qu’elle devait aller l’aider. Les curés disent que si Luis est resté, c’est parce que ses parents avaient besoin de lui, tandis que Dieu avait besoin de Benilde.
Suite au diagnostic rassurant des médecins, Madame Costa a prévu, comme elle le Lui avait promis, de s’acquitter de sa promesse à Notre-Dame de Fatima par un pèlerinage qu’elle effectuera cet été. Nous allons alors évoquer longuement avec elle ce projet.

La Vierge de Fatima
Au Portugal, à partir du seizième siècle, sous les effets de la contre-Réforme, les dévotions aux saints se déplacent vers la Vierge à laquelle de nombreux miracles sont attribués (au Sítio, à Lisbonne…). Un sanctuaire, objet de ces pratiques, a bien plus tard pris une importance prépondérante : celui de Fatima.
L’histoire de Fatima commence lorsque, à trois reprises en 1916, trois jeunes bergers — Lucia et ses cousins Francisco et Jacinta —, ont la vision d'un Ange. Celui qui se nomme lui-même “ l'Ange de la Paix ” leur apprend des prières, leur demande d'“ offrir au Très-Haut prières et sacrifices ”. Puis, en 1917, la Vierge apparaît aux trois jeunes bergers à six reprises, du 13 mai au 13 octobre. Elle leur demande de prier et de lui construire une chapelle sur le lieu même de son apparition, au lieu-dit Cova da Iria, près du village de Fatima (sur la commune de Vila Nova de Ourém). Elle leur révèle aussi ce qui a été dénommé “ les trois secrets de Fatima ” (la réalité de l'Enfer, le développement puis la disparition du communisme en Russie, les attentats contre l'Eglise dans la deuxième moitié du vingtième siècle et contre le pape en particulier) et réalise un miracle le 13 octobre 1917 devant 70 000 personnes afin que sa réalité ne soit pas mise en doute : le soleil change d'apparence et se met soudain à danser ; les spectateurs sont secs alors qu'il avait plu. Depuis, la Vierge de Fatima est l'objet d'une dévotion qui s’est étendue bien au-delà de la région centrale du Portugal. Cette dévotion se manifeste à travers un certain nombre de rituels dont nous retiendrons ici ceux évoqués avec Madame Costa : la promesse, le pèlerinage, l’offrande de cierges.
“ Si Tu guéris mon fils, je viendrai en pèlerinage à Ton sanctuaire pour Te remercier ”, tel est le vœu formulé à plusieurs reprises par Madame Costa à Notre-Dame de Fatima. Ayant été exaucée, elle est placée dans l’obligation d’accomplir sa promesse. Au mois d’août, durant les vacances de la famille au Portugal, elle pense ainsi aller à pied au sanctuaire de la Vierge — Luis aimerait bien l’accompagner. Elle pense aussi déposer à l’issue de ce pèlerinage trois cierges dans la chapelle, un pour chacun de ses enfants, vivants et morts.
A Notre-Dame de Fatima, les ex-votos peuvent prendre deux formes : soit une représentation de la personne ou de l’organe malade (voire d’un animal ou d’un objet de la vie courante, très investi), soit un cierge. Dans tous les cas, la matière constitutive en est la cire et la figurine ou le cierge doivent être aux proportions de la personne, de l’organe ou du membre qu’il s’agit de traiter. Leur utilisation relève soit d’une demande générale de protection, comme pour Joana, soit du “ paiement ” de la promesse, comme pour Luis. Dans les deux cas, leur cierge devra donc être à la dimension de leur taille actuelle, mais pour Benilde ? Morte à sept ans, elle en aurait aujourd’hui dix-sept. Pour Madame Costa, c’est clair : de la taille qu’elle aurait aujourd’hui. C’est l’aînée après tout. Pour la plupart d’entre-nous aussi, ce choix paraît logique. Mais, dans le cas de Benilde, la Vierge n’a pas exaucé le vœu de sauver sa fille que lui a adressé Madame Costa lors de cette semaine terrible où l’enfant était portée disparue. Que peut bien signifier alors, malgré la confiance ébranlée, cette volonté de Lui porter un cierge ? Sans doute Madame Costa ne veut-elle pas privilégier un de ses enfants au détriment d’un autre. Mais plus encore, l’offrande du cierge lui permet d’accomplir un acte de protection envers sa fille, en laissant apparemment ouverte la question de sa vie ou de sa mort.

Payer sa promesse
La cire est une matière utilisée depuis très longtemps, aussi bien dans les rituels funéraires que dans les rituels de guérison. Par sa consistance, son aspect, elle permet d’évoquer la chair vivante mais aussi les changements qu’opère la mort. Un cierge peut être utilisé comme le substitut d’un corps défunt ou le double de la personne dès lors que son équivalence est établie avec la taille de la personne, parfois avec son poids. Ces rituels thérapeutiques qui procèdent par la mesure et la pesée de la personne sur une balance à plateaux et l’offrande de son “ contrepoids ” en blé, pain, huile, cire, argent ou or au saint guérisseur sont attestés depuis très longtemps en Europe. Parfois, “ la cure a pour fonction de ramener la victime dans le monde des vivants, c’est-à-dire dans le monde de la mesure ” mais ces gestes de peser et de mesurer peuvent aussi avoir pour fonction de “ disjoindre les morts des vivants et [d’]assurer aux défunts leur bon destin métaphysique ”, comme l’évoque la pesée des âmes dans la balance de Saint Michel, autorisant leur sortie du Purgatoire.
Durant l’été, Madame Costa est allée jusqu’au sanctuaire de Notre-Dame de Fatima à pied, en compagnie de sa belle-sœur. Son beau-frère, son mari et leurs enfants Luis et Joana, les suivaient en voiture. Il leur a fallu presque quatre jours de marche pour réaliser les 200 kilomètres qui séparent sa ville du sanctuaire…
Accomplir le voyage non seulement pour Luis et Joana mais également pour Benilde fait apparaître implicitement un nouveau cadre de compréhension concernant la disparition de cette dernière. Notre-Dame de Fatima, reconnue par les Portugais comme un être protecteur aux bons soins de qui l’on confie ses enfants, sa santé… présente aussi un côté moins rassurant. “ Vous devrez beaucoup souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort ”, a-t-elle annoncé aux petits bergers lors de sa première apparition. Lors d’une seconde apparition, elle “ promit de prendre bientôt au ciel Francisco et Jacinta ”. De fait, les deux enfants mourront prématurément. Ainsi, la Vierge de Fatima peut faire vivre mais elle peut aussi rappeler à Elle. Benilde ne serait-elle pas une nouvelle illustration de ce pouvoir ? Mais si tel est le cas, sa mort s’inscrit alors dans une logique catholique de pénitence pour la rémission des péchés. Ce que l’on raconte en effet, c’est que la Vierge de Fatima, lors de ses premières apparitions, avait demandé aux trois enfants-bergers de faire des pénitences, ce qui bouleversa leur santé : “ je souffre beaucoup, mais je souffre tout cela par amour pour Jésus et la Vierge. Je voudrais souffrir encore davantage, mais je n’en peux plus ”, répétait Jacinta peu avant sa mort.
Placer Benilde sous la protection de la Vierge, par l’intermédiaire du cierge la représentant, c’est donc aussi donner à sa mort un sens profondément chrétien. Par la même occasion, l’opération redonne aux personnes qui la pleurent une place mieux assurée dans leur communauté, dans un mouvement inauguré par le rassemblement des pèlerins (compris comme une communauté de destins et de significations partagés).
Allons plus loin. Du fait de leurs reliefs tourmentés, les paysages parcourus à pied par les pèlerins avant leur arrivée au sanctuaire peuvent être compris comme étant dans un rapport d’équivalence avec le voyage dans l’au-delà : “ cette équivalence se fonde sur l’identité de l’espace et des épreuves traversées par les pèlerins et les défunts, sur l’assimilation du pèlerin à une âme en peine subissant les épreuves purgatoires ainsi que sur la nécessité, pour les morts errants, d’effectuer un pèlerinage aidés par un vivant, pour réussir à atteindre le lieu du repos. ”
Le pèlerinage effectué par Madame Costa pour remercier la Vierge d’avoir sauvé son fils lui a ainsi permis de commencer à traiter sa fille Benilde comme une morte chrétienne, de mettre fin à son errance, de lui donner un sens, à comprendre ici très précisément comme une direction — celle du sanctuaire de la Vierge, sans que ces opérations n’exigent d’elle le moindre renoncement. Avec le bénéfice supplémentaire du plaisir du pèlerinage. Un cadre était désormais fixé pour que l’exhumation du corps de Benilde devienne presque une simple formalité : le moment de confirmer son arrivée à bon port dans le monde de l’invisible, sous la protection de la Bonne Vierge.
Le fait d’accueillir Madame Costa avec ses questionnements, d’en discuter les implications, de lui proposer des constructions plus complexes l’a certainement aidée à retrouver des capacités à penser, à se remémorer, a vraisemblablement “ potentialisé ” les bénéfices du pèlerinage. En novembre, lorsque nous l’avons revue, elle nous a raconté ce qui s’était passé durant l’été. Dans le cimetière, après l’exhumation, lorsque le cercueil a été ouvert, elle était à côté mais elle n’a pas trop osé regarder, il lui a juste semblé apercevoir une dent. En fait, le corps de Benilde était complètement décomposé. Le prêtre qui était présent l’a confirmé en disant : “ là-maintenant, c’est fini ”.
Depuis, elle reconnaît se sentir mieux. Il lui semble que son fils aussi : il a une petite amie et commence à travailler.

Arriver à bon port
Lorsque nous avons reçu pour la première fois Madame Costa, nous étions face à deux propositions concernant le décès de sa fille. Pour elle cette disparition ne s’inscrivait dans aucun sens, n’était peut-être même pas avérée. Une seconde qui nous semblait être celle — implicite, du fossoyeur : une morte errante parce que mal enterrée, inquiétante parce que bloquée dans son processus de décomposition, et partant, de transformation. Comment interpréter autrement la pelletée de terre qu’il jeta dans le cercueil ? Au-delà du geste prosaïque (la terre contenant les bactéries à même d’activer les processus de décomposition) ne peut-on y voir une opération chargée de rétablir en premier lieu la nature ordinaire de la défunte, afin que puissent reprendre des processus de transformation également ordinaires ? Robert Hertz a parfaitement décrit ce passage du visible à l’invisible et ses conséquences : “ à mesure que l’objet visible disparaît, il va se reconstituer dans l’au-delà, plus ou moins transfiguré. ” […] “ Tandis que le corps ancien tombe en ruine, un corps nouveau se forme avec lequel l’âme, pourvu que les rites nécessaires aient été accomplis, pourra entrer dans une autre existence, souvent supérieure à l’ancienne. ”.
Mais il s’agissait ici d’un geste brutal et certainement prématuré eut égard aux rythmes de la famille et particulièrement de Madame Costa. D’autant que celle-ci n’avait trouvé à ce moment-là de secours dans aucune proposition : sainte, petit ange, Benilde avait résisté à ces assignations “ toutes prêtes ”.
Du coup, nous cliniciens devions être attentifs à ne pas vouloir à notre tour “ fixer ” l’enfant trop vite. Relancer la ronde des hypothèses, explorer les anciennes, en découvrir de nouvelles, plus spécifiques à ce qu’était Benilde et à la relation qui les liait sa mère et elle, mieux à même de rendre compte des éléments qui la constituent aujourd’hui — cet être à la gaîté contagieuse pour sa mère, ayant donné sa vie pour sauver celle de son frère, placée désormais sous la protection de la Vierge après avoir été dans un premier temps abandonnée ou rappelée par elle —, voilà à quoi ont œuvré nos entretiens.
Le pèlerinage entrepris par la famille au sanctuaire de Notre-Dame de Fatima est venu relayer et préciser ces constructions. Intervenu entre le geste inaugural du fossoyeur et la seconde exhumation, on peut le comprendre comme la série d’actes qui a permis à la famille de mettre fin à l’errance de Benilde dans l’au-delà, en l’accompagnant, par monts et par vaux, jusqu’au sanctuaire de la Vierge de Fatima, sa protectrice. Voilà l’entité à laquelle l’enfant est désormais rattachée.
Dès lors, l’apparition de ses ossements marquait la fin de cette période d’incertitude, de danger. La mise à l’écart de ses restes dans le cimetière citadin pouvait prendre fin. Leur translation dans le cimetière familial était le signe tangible de son nouveau statut. En cela, l’exhumation et la cérémonie religieuse qui l’a accompagné ont bien joué leur office de secondes funérailles, en tant que rite d’agrégation, de réintégration dans la société familiale, tel que l’ont décrit R. Hertz et A. Van Gennep. D’ailleurs, Madame Costa, lors de notre dernière entrevue ne nous a-t-elle pas montré des photos de Benilde entourée de membres de la famille élargie ?
Notons que, contrairement à nos façons habituelles de penser, une partie des significations explorées ici ne sont pas contenues dans des paroles mais dans des actes, tels que ceux effectués lors du pèlerinage. Elles se déploient à l’insu de tous, dissimulées dans un cadre religieux, sans perdre leur efficacité (au contraire ?). D’où une seconde remarque : ce dont avait besoin Benilde, ce n’était pas tant d’être “ tuée ”, renvoyée à son statut de défunte, que d’être intéressée à de nouvelles pérégrinations. Mais dans un au-delà balisé, moins dangereux, parce que redevenu chrétien. Sans nul doute, les morts récalcitrants ont mieux à faire que d’être convertis au sacro-saint “ principe de réalité ”. Charge aux thérapeutes de trouver d’autres propositions, mieux à même de les intéresser.

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Résumé
A suivre Robert Hertz [1907], le deuil est cette longue période de gestation d’un nouvel être, marquée par la décomposition des chairs du défunt et achevée avec l’apparition de ses ossements. Elle est entourée de précautions rituelles destinées à assurer le bon déroulement de ces transformations. La prise en charge ethnopsychiatrique d’une famille portugaise, endeuillée par la perte d’une enfant et confrontée à la perspective d’une exhumation prochaine de son corps, permet de vérifier la pertinence de ce modèle dans un contexte catholique et de découvrir un auxiliaire thérapeutique inattendu : Notre-Dame de Fatima.

Mots clés
Deuil – psychologie - pèlerinage –Vierge - rituel funéraire.




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